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L’état de siège

Après l’échec des négociations de paix en janvier 1622, les troupes du duc de Rohan, gouverneur de Montpellier pour les Huguenots, et du duc de Montmorency, gouverneur de Languedoc pour le roi, ravagent la région sans s’affronter : Castries, Saint-Georges, Grabels ou Saint-Geniès-des-Mourgues sont pillés au printemps. À l’annonce de la venue du roi avec son armée en Languedoc fin mai, les Protestants se préparent à faire face.

Au mois de juin, Rohan fait faucher les prairies de Lattes appartenant aux ecclésiastiques afin de stocker le foin pour les chevaux dans les magasins de Montpellier, tandis que Montmorency détruit les récoltes de blé, Louis XIII ayant « ordonné de faire le dégât aux environs de Montpellier » pour affamer la ville.

  • Ordre d’Henri duc de Rohan de faire faucher les prairies de Lattes (13 juin 1622)
    AMM EE 929
  • Etat nominatif des soldats de la compagnie du capitaine Taravelier (août 1622)
    AMM EE 1095
  • Livre des quittances du pain distribué aux compagnies de soldats (juillet 1622)
    AMM EE 926

À l’été, l’armée royale conduite par le prince de Condé se positionne autour de Montpellier et soumet les bastions protestants de Bédarieux, Gignac, Villeveyrac, Pignan, Mauguio, Lunel et Marsillargues. Entre temps, les forces huguenotes se rassemblent dans Montpellier, venues de l’Hérault (Montagnac, Cournonterral…), du Gard (Nîmes…) et même de l’étranger, grossies surtout par la mobilisation des cévenols d’Alès, d’Anduze ou de Mialet. Au moins 2000 soldats affluent en juillet-août 1622, pendant que les Catholiques quittent la ville et se réfugient notamment à Frontignan. L’armée protestante est organisée en régiments, divisés en compagnies sous les ordres de lieutenants-colonels et de capitaines. Le commandement militaire est assuré par le baron de Calonges, en l’absence du duc de Rohan, avec le concours précieux de d’Argencour.

À l’intérieur de la cité, les consuls, sous la houlette d’Améric d’Estienne d’Améric, assistés de Jacques Dupuy, héros du siège de Montauban, mettent en place un conseil de direction élargi de vingt membres renouvelé tous les quinze jours, qui gère le ravitaillement des soldats en vivres et munitions, ainsi que leur logement. Dès lors, les Montpelliérains sont prêts à soutenir le siège. D’ultimes négociations de paix ont lieu au camp du roi à Lavérune entre le 27 et le 29 août, mais elles capotent par peur du pillage. Les 30 et 31 août, les armées royales finissent d’encercler la ville ; le 1er septembre, c’est le début des hostilités.

Les assiégés face aux assiégeants

La vraye representation du siege de la ville de Montpellier (détail)
Par Michel de Mathoniere, gravure (1622)
Musée du Vieux Montpellier, D 2012.1.32

La disposition de ceste armée royale au commencement du siège tesmoignoit bien qu’elle n’estoit pas grande ; elle estoit composée selon les advis que nous en recepvions, de dix ou douze mille homme combattans, pour le plus. Il n’y eut depuis le commencement qu’un quartier de ville assiégé, car l’armée estoit logée depuis le Mas de Las Bosses [avenue Charles-Flahault] jusques à Castelnau ; outre cela il y avoit quelque regiment au Pont Juvenal. Le logement du roy estoit à la mestairie de Dameric premier consul, le quartier de M. le Prince [de Condé] estoit par delà la rivière à la mestairie de M. le conseiller Madronet ; celuy de M. de Montmorency au Mas de Las Bosses, les Suisses et les régimens des vieilles bandes estoient ez environs du quartier du Roy ; M. de St Chammont aveq ses troupes du Lyonnois au Pont Juvenal. Tout le surplus estoit libre. On alloit prendre le bétail sans danger à un quart de lieue de la ville, on alloit aux vignes et tous les jours en course vers le quartier de Villeneufve et La Vérune. Là on fait estat que plus de deux cents hommes furent tuez en ces courses, toutes les forces de l’armée estant ramassée depuis les armes jusques au Pila St Gély.

M. de Calonges, gouverneur de la ville, disposa les gens de guerre selon la nécessité des lieux. Le régiment de St Cosme fut logé au Peyrou et à l’aire de St Aulary, et lui furent joints quatre ou cinq compagnies de celles qui n’estoient point soubz aucun maistre de camp, parce que on craignoit que ce quartier ne fut attaqué. Le regiment des Plantiers estoit à St Guillem aux bastions de Bancillon et Ribéran. Le regiment de Lers au bastion de Calonges. M. Maistre gardoit la courtine du Pila St Gely et les environs de la fontaine. Quelques compagnies hors des régiments estoient à St Denis, et M. de Saussan commandoit ce quartier là. M. de Carlencas père estoit au grand bastion de Lattes. M. de Mazeran vers la Saunerie. Mais les compagnies de la ville changeoient souvent de quartier et alloient sur les autres bastions, selon que la necessité requerroit qu’on les envoyat pour renforcer les quartiers attaqués ou menacés.

Extrait du Journal du Siège, Montpellier Méditerranée Métropole - Médiathèque centrale Emile Zola, ms. 79, p. 12.